Audouin Dollfus (1924 - 2010)

 

Audouin Charles Dollfus (12 novembre 1924 - 1er octobre 2010) était un aéronaute et un astronome français, spécialiste du système solaire et découvreur de Janus, une petite lune de Saturne.

Il étudia à la faculté des sciences de l’Université de Paris où il obtint en 1955 son doctorat en sciences physiques. À partir de 1946, il travailla comme astronome à la section astrophysique de l’observatoire de Meudon où il succéda à Bernard Lyot, son Maître. Il y dirigea notamment le Laboratoire de Physique du Système Solaire. Il est actuellement astronome honoraire de l’Observatoire de Paris.

Une grande partie de ses travaux a été effectuée grâce à de nombreuses observations depuis l’observatoire du Pic du Midi. Sa méthode préférée de recherche est l’utilisation de la polarisation de la lumière. Son pragmatisme lui permit d’obtenir des résultats remarquables, grâce à des recherches patientes et persistantes ; il développa notamment de nouvelles techniques d’observation. Ses recherches sont réparties dans plus de 300 publications scientifiques, portant essentiellement sur l’astrophysique du système solaire.

Avant que les sondes Viking n’atterrissent sur Mars, la composition du sol martien était le sujet de nombreux débats.
En déterminant la lumière polarisée de plusieurs centaines de minéraux terrestres, Dollfus essaya de faire correspondre leur lumière à celle des étendues désertiques martiennes. Il trouva que seule la limonite (Fe2O3) pulvérisée correspondait. Il conclut que le sol martien pouvait être composé d’oxyde de fer. Toutefois, un autre astronome, Gerard Kuiper de l’université de Chicago, n’était pas d’accord avec cette conclusion ; dans ses travaux, l’oxyde de fer donnait des résultats médiocres et il détermina que le meilleur accord avec les données était obtenu avec des roches ignées brunâtres à grains fins.

 

En utilisant la polarisation de la lumière, il est possible de détecter une atmosphère autour d’une planète ou d’un satellite naturel.
En 1950, on pensait que la planète Mercure, à cause de sa petite taille, avait probablement perdu son atmosphère, par l’échappement dans l’espace des molécules la composant. Dollfus annonça qu’il avait détecté une très faible atmosphère à partir des mesures de polarisation menées à l’observatoire du pic du Midi dans les Pyrénées françaises. Cette annonce était en contradiction avec les prévisions théoriques se basant sur la théorie cinétique des gaz. Dollfus estimait que la pression atmosphérique au niveau du sol était d’environ 1 mm de mercure. La nature du gaz composant cette atmosphère était inconnue, mais cela devait être un gaz dense, lourd. Il était toutefois certain que l’atmosphère de Mercure ne représentait pas plus de 1/300ème de celle de la Terre. Actuellement, on sait que l’atmosphère de Mercure est très ténue : seulement 10-15 bars, la masse totale de l’atmosphère n’excédant pas 1000 kg.

 

Mercure possède des zones sombres qui contrastent avec un fond blanchâtre ; elles furent observées en premier par Giovanni Schiaparelli en 1889. En utilisant le réfracteur de l’observatoire du pic du Midi, Dollfus fut capable en 1959 de résoudre clairement des zones distantes de 300 km entre elles.

Dollfus étudia aussi la possibilité de la présence d’une atmosphère autour de la Lune. Le taux de dissipation thermique dans l’espace de tous les gaz de la Lune sauf les plus lourds (qui sont très peu abondants) est tellement élevé qu’une réelle atmosphère ne peut être envisageable. La présence d’une atmosphère devrait être détectable par la polarisation de la lumière qu’elle diffuserait, mais Bernard Lyot et plus tard Dollfus, montrèrent qu’il n’y avait pas de polarisation détectable.

 

En 1966, Dollfus découvrit Janus, la lune de Saturne la plus interne. Il fit cette découverte à un moment où les anneaux, très proches de Janus, n’étaient visibles à partir de la Terre que par la tranche et donc pratiquement invisibles. À cette occasion, il observa probablement aussi Épiméthée, mais c’est à Richard L. Walker que revient le crédit de cette découverte.

L’astéroïde (2451) Dollfus a été nommé en son honneur.

 

Dollfus a notamment présidé la Société astronomique de France et l’Observatoire de Triel-sur-Seine entre 1995 et 2005.

Fils de l’aéronaute Charles Dollfus, il est détenteur de plusieurs records mondiaux en ballon, dont le premier vol stratosphérique en France. Il fut le premier à effectuer des observations astronomiques en ballon stratosphérique, notamment pour étudier Mars de façon détaillée.

Père de la journaliste Ariane Dollfus.